Résumé : Barrès et le nationalisme (Jiro NOZAKI)
«Le
mythe» de la Résistance française a longtemps
dissimulé «une autre France» en prétendant
que le fascisme qui faisait fureur en France comme dans toute
l'Europe n'avait rien à voir avec la civilisation française
traditionnelle mais avait été importé. Selon
cette assertion, le fascisme français n'était qu'une
imitation de celui de l'Italie.
Mais l'oeuvre de Zeev Sternhell
a justement fait remarquer qu'à la fin du XIXe siècle
«la nouvelle droite» est devenue puissante et qu'elle
a généralement obtenu l'appui de la masse française,
caractérisée par l'antisémitisme propagé
par Édouard Drumont et le boulangisme. C'est le jeune Barrès
que cette «droite révolutionnaire» a vénéré
comme «le père du fascisme français».
Nous avons donc examiné le processus selon lequel le jeune
Barrès s'était formé pour devenir boulangiste,
en nous référant à sa trilogie Le Culte
du Moi, ses «trois romans idéologiques»
: Sous l'oeil des Barbares (1888), Un homme libre
(1889) et Le Jardin de Bérénice (1891).
Le Culte du Moi est un roman
de formation (Bildungsroman) où un jeune homme souffrant
d'une perte de son identité s'efforce de retrouver l'unité
de son Moi par l'identification de ce dernier à «l'âme
populaire», ainsi que par son engagement dans le mouvement
des masses furieuses appelé boulangisme. Pour lui, la littérature
est égale à la politique, et la politique à
la littérature. Cette équation "aventureuse"
garantit dangereusement son être. C'est vraiment un essai,
un projet de vivre.
Pour Barrès, le boulangisme
est un projet de retrouver imaginairement (non pas réellement,
mais culturellement) "la terre où s'enraciner"
comme "l'origine perdue des souvenirs". La Lorraine
perdue n'est pas une source réaliste mais une origine imaginaire.
Il est communément admis
que Barrès, adorateur du Moi, s'est converti au traditionalisme
après la publication de Les Déracinés
(1897). Mais nous avons proposé une autre thèse
: le nationalisme de Barrès est déjà né
dans Le Culte du Moi.
Il est vrai que son nationalisme
n'est pas encore formulé comme «la terre et les morts»,
mais est déjà exprimé comme ceci : «En
faisant sonner les dalles de ces églises où les
vieux gisants sont mes pères, je réveille des morts
dans ma conscience.» Il songe à ce coin appelé
«le coeur de la Lorraine» en mémoire de ses
pères.
En outre, son adhérence à
la Lorraine ne repose que sur des souvenirs. Il a retrouvé
son origine perdue (la Lorraine) dans une cité périe
(Venise) et a inventé l'origine imaginaire des souvenirs
(la France).
Barrès, à la recherche de l'origine perdue, a retrouvé
de cette manière son origine baptisée la France.
(Remerciements à Pierre Ferragut)